Résumé de l’article : Le RGAA version 5 arrive. Plus qu'une mise à jour technique, c'est un changement de paradigme pour les équipes Produit. Découvrez comment anticiper les nouvelles exigences du WCAG 2.2 et le nouveau rôle de l'Arcom.
L'accessibilité numérique change d'échelle.
Avec l'arrivée du RGAA version 5 prévue pour fin 2026, l'enjeu n'est plus seulement de "coder propre", mais de concevoir des produits nativement inclusifs. Cette mise à jour, rédigée par la DINUM (Direction interministérielle du numérique), aligne la France sur les standards d’accessibilité internationaux (WCAG 2.2) et renforce les exigences pour tous les métiers du Produit.
Pour rappel, le RGAA est le Référentiel Général d’Amélioration de l’Accessibilité en France. Le WCAG quant à lui est le Web Content Accessibility Guidelines pour l’international.
1. Les 4 piliers de l'accessibilité (Le socle "POUR")
Le RGAA repose sur les 4 principes fondamentaux du WCAG. Pour qu'un contenu soit considéré comme accessible, il doit satisfaire à des critères de succès classés en trois niveaux d'exigence :
- Niveau A : Le socle minimal obligatoire (accessibilité de base).
- Niveau AA : Le niveau standard requis par la loi (accessibilité universelle).
- Niveau AAA : Le niveau avancé pour une expérience optimale.
Le RGAA se base uniquement sur les niveaux A et AA du WCAG, ils sont donc prioritaires.
Ces critères s'articulent autour de 4 piliers :
- P – Perceptible : L'utilisateur doit pouvoir percevoir les informations (ex: textes alternatifs pour les images, contrastes suffisants). C'est le terrain de jeu des Designers.
- O – Utilisable : L'interface ne doit pas créer de barrières à la navigation (ex: tout doit être accessible au clavier, les zones de clic doivent être larges). Une responsabilité partagée Design et Développeurs.
- U – Compréhensible : L'information et le fonctionnement doivent être clairs (ex: messages d'erreur explicites, navigation prévisible). Le domaine des PO, UX Writers et Designers.
- R – Robuste : Le contenu doit rester interprétable par les technologies d'assistance (lecteurs d'écran, plages braille) malgré l'évolution des navigateurs. La mission critique des Développeurs.
2. L'accessibilité : Un sport d'équipe, pas une option technique
L'accessibilité n'est pas une simple recommandation : les entreprises dépassant 10 salariés et 2 millions d’euros de CA s'exposent désormais à des sanctions réelles, que ce soit pour leurs outils internes ou pour leur plateforme à destination du grand public. Le plafond des amendes est fixé à 25 000 € par service ou par manquement constaté, une somme qui peut être renouvelée chaque année.
En réalité, se conformer au RGAA, c'est surtout un levier d'UX (User Experience) et de Business.
- Pour le Sponsor / Client : Valoriser l’image de marque (RSE), anticiper les risques juridiques et maximiser le ROI en touchant 100% de sa cible utilisateur.
- Pour le Product Owner : Garantir la conformité légale, réduire la dette technique et élargir l'audience (15 % de la population mondiale présente une forme de handicap).
- Pour le Designer : Assurer que l'interface reste utilisable en toute circonstance (plein soleil, fatigue, handicap moteur).
- Pour le Développeur : Garantir la robustesse et l'interopérabilité du code avec les outils d'assistance.
Vous avez un audit en cours ou à venir ?
Est-il remis en question par cette nouvelle version ? Aucunement.
Rien ne change fondamentalement pour les audits prévus d’ici la sortie officielle de la prochaine version. Cette nouvelle version vient rationaliser les critères et aligner la vision française (RGAA) sur les standards mondiaux (WCAG). Ce qui demeure essentiel, c’est de se conformer à la législation actuelle tout en ouvrant vos supports à la performance et à l'innovation.
Un grand pas sera également franchi avec l’intégration native des supports mobiles, répondant à un besoin fort d’adéquation de votre image de marque sur tous les écrans.
En résumé, la version 5 du RGAA s’inscrit dans une logique d’amélioration continue. Elle ne modifie ni les méthodes d'audit, ni les critères existants, mais leur donne plus de contexte et de poids. N'attendez donc pas 2026 pour lancer votre démarche d'accessibilité.
3. Ce qui change avec le RGAA 5 : Une nouvelle gouvernance
Le RGAA n'est pas figé. Il suit l'évolution des recommandations internationales (WCAG) qui s'enrichissent au fil du temps :
- WCAG 2.0 : 12 règles de base.
- WCAG 2.1 : 1 règle supplémentaire et 17 nouveaux critères de succès.
- WCAG 2.2 : 9 critères de succès en plus, centrés sur la mobilité et le handicap cognitif.
Le passage à la version 5 apporte des évolutions structurelles majeures :
- L'Arcom en arbitre : Désignée comme autorité de contrôle, l'Arcom rendra les audits plus fréquents. Le sujet doit remonter en haut du backlog.
- Le Téléservice de déclaration : La transparence sera renforcée via un portail centralisé pour publier ses déclarations d'accessibilité.
- Convergence Mobile et Bureautique : Le RGAA 5 précise enfin les tests pour les applications natives (iOS/Android) et les documents bureautiques (PDF), qui étaient parfois les "parents pauvres" de l'accessibilité.
4. Les nouveautés du WCAG 2.2
Voici les points qui vont impacter vos prochains sprints :
Visibilité et Précision
- Taille des cibles (Critère 2.5.8 - AA) : Les zones cliquables doivent mesurer au moins 24x24px ou être suffisamment espacées. C'est crucial pour les utilisateurs mobiles ou ayant des troubles moteurs.
- Apparence des composants (Critère 1.4.11 - AA) : Les bordures des champs de saisie et des composants d'interface doivent avoir un contraste suffisant (ratio 3:1). L'utilisateur doit pouvoir identifier clairement les limites de la zone cliquable.
- Visibilité du Focus (Critère 2.4.11 - AA) : L'indicateur de focus (la bordure de sélection) ne doit jamais être masqué par un élément "sticky" (menu flottant, bandeau cookies).
- Focus non occulté (Critère 2.4.12 - AAA) : Aucun contenu (fenêtre modale, pop-over) ne doit venir recouvrir l'élément qui a le focus. L'utilisateur clavier doit toujours voir où il se trouve.
- Le périmètre du focus (Critère 2.4.13 - AAA) : Pour un niveau d'excellence, l'indicateur de focus doit être bien marqué (au moins l'équivalent d'une bordure de 2px CSS tout autour de l'élément).
Parcours et Charge Cognitive
- Saisie redondante (Critère 3.3.7 - A) : Interdiction de redemander une info déjà saisie dans la même session. Il faut prévoir des mécanismes de pré-remplissage.
- Gestion des interruptions (Critère 3.2.7 - AAA) : Les utilisateurs ne doivent pas être interrompus par des contenus inattendus (pop-ups, alertes non critiques) qui cassent leur flux de navigation.
- Authentification simplifiée (Critères 3.3.8 & 3.3.9 - AA/AAA) : Fini les tests cognitifs (puzzles, calculs) ou la mémorisation forcée pour se connecter. On doit autoriser le copier-coller des mots de passe ou proposer une alternative (biométrie, code envoyé par mail).
Interaction et Aide
- Alternative au Drag-and-Drop (Critère 2.5.7 - AAA) : Toute action de "glisser-déposer" doit avoir une alternative par simple clic (ex: boutons "monter" / "descendre").
- Aide constante (Critère 3.2.6 - A) : Si une aide est présente (FAQ, chat), elle doit être située au même endroit sur toutes les pages pour être prévisible.

5. Les offres Accessibilité d’Ippon
Chez Ippon Technologies, nous implémentons l’accessibilité numérique dans nos produits.
Récemment, nous avons mis à jour nos offres sur l’accessibilité numérique, adressant cet enjeu important sur 3 axes principaux :
- La sensibilisation.
- La formation.
- L’amélioration continue pour les produits et services numériques, les applications mobiles et les Design Systems.
Nous expérimentons en interne différents formats au sein de nos équipes, afin de les expérimenter, les adapter et les rendre plus efficaces, dans le but de pouvoir les mettre en œuvre auprès de nos clients.
Ensemble, nous travaillons à inscrire avec confiance l’amélioration continue de l’accessibilité numérique afin de faire avancer les taux de conformité des produits numériques.
Conclusion : L’accessibilité est un KPI de qualité produit
Le passage au RGAA 5 ne doit pas être vu comme une contrainte administrative de plus, mais comme une opportunité de remettre l'humain au centre de la conception. Un produit conforme au RGAA est, par définition, un produit plus robuste, mieux structuré et plus simple à utiliser pour tout le monde, handicap ou non.
Le secret d'une mise en conformité réussie (et moins coûteuse) réside dans l'anticipation. En intégrant ces nouveaux critères dès la phase de design et de spécification, plutôt que de tenter de "réparer" le site une fois qu'il est codé, toute l'équipe gagne en efficacité.
Le RGAA 5 n'annule pas vos efforts actuels sur la version 4.1.2 : il les affine pour coller aux usages de demain. À nous de nous en saisir pour construire un web plus ouvert.

