[ScrumDay 2014] Le pretotyping

La conférence proposée par Elalami LAFKIH commence sur des indicateurs peu enclins à faire sourire : les indicateurs sur les échecs des produits réalisés. Ces échecs se traduisent généralement par un cheminement assez simple : des utilisateurs absents ou mécontents, une rentabilité pas suffisante, un abandon du projet. D’ailleurs, même les sociétés les plus prospères (Google, Apple, Lego, etc.) ont régulièrement des échecs retentissants, mon exemple préféré étant le produit “Google Wave”.

Alors comment pouvons-nous éviter (ou à défaut limiter) ces échecs lorsque nous souhaitons lancer de nouvelles idées en réalisant de nouveaux produits ?

Et bien, nous ne pouvons pas ! Il existe même une loi qui décrit cela, c’est la loi de l’échec :

La plupart des nouvelles idées échouent même si elles sont très bien exécutées / réalisées.

On ne peut pas éviter les échecs de nos produits même si ceux-ci sont bien réalisés ?!

C’est à la fois brutal de se dire qu’on peut passer beaucoup d’énergie à réaliser une chose de la meilleure manière possible sans pour autant que celle-ci soit un succès ; et en même temps, c’est tellement logique de se dire qu’un produit qui n’intéresse aucun utilisateur ou qui n’est pas viable économiquement va forcément à sa perte quel que soit sa qualité de réalisation.

Voilà donc l’enseignement fondateur du pretotyping : il faut penser le bon produit avant de vouloir mener sa réalisation à bien. Si vous n’avez pas le bon produit et que vous voulez éviter l’échec, c’est simple, ne le faites pas.

Comment savoir alors si on réalise le bon produit ? Et bien aussi surprenant que cela puisse paraître, pas en demandant directement l’avis des utilisateurs sur votre produit. Car on entre alors dans le royaume des suppositions et des opinions. Celles-ci révèlent bien souvent des surprises (bonnes ou mauvaises) et ce dont vous avez besoin, c’est avant tout de données concrètes en situation réelle pour réduire l’incertitude sur votre produit au maximum.

Pour cela, vous allez utiliser différentes techniques pour pouvoir récupérer des données de vos utilisateurs sur votre produit, avant même que celui-ci soit développé. C’est ça, au fond, le pretotyping.

Mais de quelles données parlons nous exactement ?

Tout d’abord le fait que votre produit va réellement attirer les utilisateurs, c’est ce qui est appelé le NII : Niveau d’Intérêt Initial.
Puis que cet attrait ne sera pas éphémère et que vos utilisateurs l’utiliseront de manière récurrente, c’est ce qui est appelé le NIR : Niveau d’Intérêt Récurrent.

Ok, mais comment récupérer des données de vos utilisateurs sur votre produit alors que celui-ci n’existe même pas ?

Voici une liste des techniques les plus souvent utilisées dans le pretotyping :

  • Le Turc mécanique (que l’on voit en photo), on fait croire aux utilisateurs que le produit existe de manière “mécanique” alors qu’il s’agit en fait d’opérations réalisées manuellement.
  • La fausse porte, le produit est prêt, il requiert juste la demande d’un utilisateur. En fait le produit n’est pas prêt, cela permet de récupérer des données quantitatives sur l’attrait des utilisateurs. Faites ensuite appel à votre imagination pour indiquer à vos utilisateurs que le produit n’est pas disponible immédiatement (ou ne le sera jamais).
  • Le MVP (Minimum Viable Product), réduire au strict nécessaire de ce qui peut être proposé aux utilisateurs pour valider une hypothèse de viabilité d’un produit.
  • Le provincial, limiter son produit à une zone bien précise pour en tirer des enseignements à une plus grande échelle.

Elles sont à utiliser en fonction de votre produit et des données que vous souhaitez récolter (NII et/ou NIR), plusieurs techniques peuvent être appliquées successivement, voire même combinées.

Ces techniques peuvent vous paraître du “bon sens” ; excepté la fausse porte qui est un peu plus litigieuse 😉

Pourtant, posez-vous la question : quelles sont celles que vous avez utilisées dernièrement en amont de la réalisation de vos produits ? Par produit, on peut très bien penser application ou une nouvelle fonctionnalité au sein d’une application.

Si la réponse est “aucune”, c’est que le “bon sens” n’a pas forcément été appliqué sur vos dernières réalisations de produits et nous espérons alors pour vous que vous ne viendrez pas grossir la liste des échecs. Et surtout, que vous n’aviez pas investi massivement (argent, temps, motivation) sur la réalisation.

En fait, le pretotyping ne vous permettra pas de réussir systématiquement avec une nouvelle idée, il vous permettra surtout de ne pas échouer lourdement, reprenant ainsi le concept aussi connu du “Lean startup” : Try fast, fail fast.

Si vous souhaitez aller plus loin, les slides de la conférence citent de nombreuses lectures en référence.

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